La retraite marque un tournant financier majeur dans votre vie. Si votre pouvoir d’achat diminue souvent avec la cessation d’activité, de nombreux dispositifs fiscaux permettent de compenser cette baisse de revenus. Pourtant, une majorité de retraités ignore l’existence de ces leviers d’optimisation fiscale. Entre déductions méconnues, crédits d’impôt oubliés et niches fiscales sous-exploitées, le manque à gagner peut atteindre plusieurs milliers d’euros annuels. Certains dispositifs s’adressent spécifiquement aux seniors, tandis que d’autres nécessitent simplement une meilleure compréhension des règles en vigueur. L’administration fiscale ne rappelle pas systématiquement ces avantages : il appartient à chaque contribuable de les identifier et de les revendiquer.
Depuis 2024, la fiscalité des retraités a connu plusieurs évolutions significatives. Les seuils d’application de certains crédits d’impôt ont été relevés, tandis que de nouveaux dispositifs ont vu le jour. Cette complexité croissante rend d’autant plus précieuse une connaissance approfondie des mécanismes fiscaux disponibles. Comprendre ces subtilités vous permettra non seulement de réduire votre imposition, mais aussi d’optimiser la transmission de votre patrimoine et d’améliorer votre qualité de vie quotidienne.
Défiscalisation des dépenses de santé non remboursées par l’Assurance Maladie
Les frais de santé représentent un poste budgétaire croissant pour les retraités. Selon les statistiques de la Dresse, les dépenses de santé des plus de 65 ans ont augmenté de 23% entre 2019 et 2024. Face à cette réalité, plusieurs mécanismes fiscaux permettent d’alléger le poids financier de ces dépenses. La déduction des frais réels constitue souvent une alternative méconnue mais particulièrement avantageuse pour les seniors confrontés à des problèmes de santé chroniques ou à des handicaps nécessitant des équipements spécialisés.
L’administration fiscale autorise la déduction de nombreuses dépenses médicales non prises en charge par l’Assurance Maladie. Cette opportunité concerne aussi bien les équipements que les prestations, pourvu qu’ils soient justifiés par une prescription médicale. L’enjeu financier peut rapidement devenir substantiel pour les foyers confrontés à des pathologies lourdes ou à une perte d’autonomie progressive.
Déduction des frais réels pour équipements médicaux et prothèses auditives
Les équipements médicaux génèrent des dépenses considérables, particulièrement lorsqu’ils ne bénéficient que d’un remboursement partiel. Les prothèses auditives, par exemple, coûtent en moyenne entre 950 et 2 000 euros l’unité, avec un reste à charge moyen de 600 euros après remboursement. Ce montant peut être intégralement déduit de vos revenus imposables si vous optez pour la déduction des frais réels plutôt que l’abattement forfaitaire de 10%.
Les fauteuils roulants, lits médicalisés, déambulateurs et autres aides techniques ouvrent également droit à déduction. Pour bénéficier de cet avantage, conservez précieusement toutes vos factures et ordonnances. L’administration fiscale peut exiger ces justificatifs lors d’un contrôle. Les lunettes et lentilles de contact entrent aussi dans cette catégorie, bien que leur déduction soit plafonnée et nécessite une prescription médicale de moins d’un an.
Autre point important : certains frais liés aux cures thermales, aux consultations de spécialistes non conventionnés (secteur 2) ou aux séances de kinésithérapie non remboursées peuvent, eux aussi, être intégrés dans vos frais réels, à condition de pouvoir démontrer leur caractère nécessaire. Là encore, la clé consiste à réunir prescription médicale, factures détaillées et, si possible, un courrier du médecin traitant précisant le lien entre ces dépenses et votre état de santé. En pratique, cette stratégie de déduction des frais réels devient particulièrement intéressante dès lors que vos dépenses médicales récurrentes dépassent nettement l’abattement forfaitaire de 10 % appliqué automatiquement sur vos pensions. Une simulation sur votre espace en ligne des impôts permet de comparer les deux régimes avant de valider votre déclaration.
Optimisation fiscale via les contrats de complémentaire santé madelin pour anciens TNS
Si vous avez exercé en tant que travailleur non salarié (TNS) – artisan, commerçant, profession libérale – vous avez peut-être souscrit un contrat de complémentaire santé Madelin. Pendant votre activité, les cotisations étaient déductibles de votre revenu professionnel, ce qui réduisait immédiatement votre impôt. À la retraite, ces contrats continuent parfois d’être en vigueur, mais beaucoup d’anciens TNS ignorent qu’ils peuvent encore optimiser leur situation fiscale en les ajustant intelligemment.
En effet, la retraite s’accompagne souvent d’un changement de régime de protection sociale (passage au régime général, affiliation à une caisse de retraite spécifique, évolution de la couverture). Il est alors pertinent de réévaluer le montant de vos cotisations Madelin, voire de basculer vers un contrat « senior » plus adapté. Même si les cotisations ne sont plus déductibles de bénéfices professionnels, réduire une couverture surdimensionnée libère du pouvoir d’achat, que vous pouvez réallouer à des placements défiscalisants (PER individuel, assurance-vie) plus adaptés à votre nouvelle situation. Une étude avec un conseiller spécialisé TNS–retraités permet souvent de dégager plusieurs centaines d’euros d’économies annuelles.
Crédit d’impôt pour l’installation de téléassistance et dispositifs de maintien à domicile
Les dispositifs de téléassistance, de géolocalisation pour personnes désorientées, ou encore les services d’alerte en cas de chute sont de plus en plus répandus chez les seniors. Bonne nouvelle : les dépenses engagées pour ces services entrent dans le champ du crédit d’impôt pour l’emploi d’un service à la personne, au même titre qu’une aide-ménagère ou une auxiliaire de vie. Concrètement, 50 % des sommes payées (abonnement mensuel, frais d’installation inclus lorsqu’ils sont facturés par le même prestataire déclaré) peuvent vous être remboursés sous forme de crédit d’impôt, même si vous êtes non imposable.
Pour bénéficier de cet avantage, vous devez impérativement passer par une entreprise ou une association agréée « services à la personne » ou par un organisme déclaré auprès de la préfecture. Les factures doivent mentionner distinctement les prestations éligibles. Ce crédit d’impôt est intégré dans le plafond global de 12 000 € de dépenses annuelles pour les services à la personne (plafond majoré dans certains cas : invalidité, enfant à charge, etc.). Vous payez aujourd’hui votre téléassistance sans l’avoir jamais déclarée ? Il suffit d’indiquer le montant annuel total dans la rubrique dédiée de votre déclaration de revenus, en conservant vos attestations fiscales fournies par le prestataire.
Déclaration des frais d’hébergement en EHPAD et établissements médicalisés
L’entrée en EHPAD ou en résidence autonomie représente un coût important, souvent supérieur à 2 000 € par mois. Le fisc prévoit toutefois un coup de pouce significatif : une réduction d’impôt égale à 25 % des dépenses d’hébergement et de dépendance, dans la limite de 10 000 € de frais par an et par personne. L’avantage maximal atteint donc 2 500 € par an, à condition de bien déclarer les montants indiqués sur l’attestation fournie par l’établissement.
Attention : seuls les frais d’hébergement et de dépendance sont éligibles, pas les frais de soins pris en charge par l’Assurance Maladie. De plus, la réduction se calcule après déduction des aides éventuelles (APA, aide sociale départementale, allocations logement). Si vous contribuez aux frais d’hébergement d’un parent en EHPAD, vous pouvez, dans certains cas, déduire ces sommes au titre des pensions alimentaires, sous réserve de prouver le caractère « nécessaire » de cette aide. Là encore, une simulation sur impots.gouv.fr permet de déterminer la solution la plus avantageuse entre réduction d’impôt et déduction de pension alimentaire.
Stratégies d’investissement immobilier défiscalisant adaptées aux retraités
L’immobilier reste un pilier du patrimoine des retraités français, mais il peut aussi devenir un formidable outil de défiscalisation s’il est utilisé avec méthode. Plutôt que de conserver uniquement des biens peu rentables et fortement taxés, il est possible de réorienter progressivement une partie de ce patrimoine vers des dispositifs immobiliers défiscalisants. L’objectif ? Générer des revenus complémentaires, réduire son impôt sur le revenu et préparer la transmission du capital dans de bonnes conditions.
Dispositif denormandie ancien pour rénovation de biens locatifs en zone éligible
Le dispositif Denormandie ancien cible les logements situés dans des centres-villes dégradés ou des communes ayant signé une convention de revitalisation. Il permet de bénéficier d’une réduction d’impôt en échange de travaux de rénovation représentant au moins 25 % du coût total de l’opération (prix d’achat + travaux). Pour un retraité investisseur, c’est un moyen de transformer une épargne dormante en patrimoine locatif rénové tout en allégeant sa facture fiscale pendant 6, 9 ou 12 ans, selon la durée d’engagement à la location.
La réduction d’impôt peut atteindre jusqu’à 21 % du prix de revient du bien (achat + travaux), dans la limite de 300 000 € par an et de deux logements. Pour un couple de retraités imposé dans la tranche à 30 %, investir 150 000 € dans un appartement à rénover peut ainsi générer plus de 30 000 € de réduction d’impôt étalée dans le temps. Ce type d’investissement doit toutefois être appréhendé avec prudence : il suppose de vérifier la demande locative locale, la qualité des travaux et la solidité du gestionnaire éventuel. Mieux vaut donc se faire accompagner par un professionnel indépendant et privilégier les villes à potentiel (étudiants, bassin d’emploi, tourisme).
LMNP Censi-Bouvard appliqué aux résidences seniors et EHPAD
Le statut de Loueur en Meublé Non Professionnel (LMNP) couplé au dispositif Censi-Bouvard a longtemps séduit les retraités souhaitant investir dans des résidences services (étudiantes, affaires, seniors, EHPAD). Dans sa version Censi-Bouvard, il ouvre droit à une réduction d’impôt de 11 % du prix d’acquisition hors taxes, répartie sur 9 ans, tout en permettant la récupération de la TVA sur le bien dans certains cas. Investir dans une résidence seniors ou un EHPAD via ce mécanisme permet ainsi d’allier défiscalisation et recherche de revenus locatifs relativement stables.
Au-delà de la réduction d’impôt, le véritable atout du LMNP réside dans l’amortissement comptable du bien et du mobilier, qui permet de neutraliser fiscalement une grande partie des loyers perçus. En pratique, de nombreux retraités LMNP encaissent des revenus locatifs peu ou pas imposés pendant plusieurs années, ce qui améliore nettement le rendement net de l’investissement. Il convient néanmoins de rester vigilant sur la qualité du gestionnaire de la résidence, la solidité du bail commercial et le niveau des charges. Un EHPAD mal géré ou une résidence seniors mal située peut se révéler difficile à revendre, même si l’avantage fiscal initial a été attractif.
Mécanisme du déficit foncier pour déduire jusqu’à 10 700 euros de travaux
Le déficit foncier constitue un levier redoutablement efficace pour les propriétaires bailleurs, y compris à la retraite. Lorsque vous réalisez des travaux de rénovation ou d’entretien (hors construction ou agrandissement) sur un bien loué nu, les charges peuvent dépasser vos loyers : on parle alors de déficit foncier. Ce déficit est imputable sur vos revenus fonciers futurs, mais aussi, et surtout, sur votre revenu global dans la limite de 10 700 € par an, ce qui peut faire baisser sensiblement votre impôt.
Imaginez que vous engagiez 20 000 € de travaux pour remettre à niveau un appartement ancien destiné à la location. Si vos loyers couvrent 8 000 € de charges et travaux, il subsiste 12 000 € de déficit. Vous pourrez imputer 10 700 € sur votre revenu global de l’année (réduisant ainsi votre impôt) et reporter le surplus sur vos revenus fonciers des années suivantes. Cette mécanique agit comme un « bouclier » contre la fiscalité, à condition de respecter la règle de base : maintenir le logement en location pendant au moins 3 ans après l’imputation du déficit sur le revenu global.
Démembrement de propriété et donation-partage transgénérationnelle
Le démembrement de propriété – séparation entre usufruit (droit d’usage et revenus) et nue-propriété (droit de disposer du bien) – est particulièrement adapté aux objectifs des seniors. En conservant l’usufruit d’un bien immobilier (vous continuez à l’occuper ou à percevoir les loyers) et en donnant la nue-propriété à vos enfants ou petits-enfants, vous réduisez immédiatement la base taxable aux droits de donation. Plus vous avancez en âge, plus la valeur fiscale de l’usufruit diminue, ce qui renforce l’efficacité de l’opération.
La donation-partage transgénérationnelle va plus loin : elle permet d’associer directement les petits-enfants à la transmission, avec l’accord des enfants, en profitant des abattements applicables à chaque génération. C’est un peu comme si vous découpiez votre patrimoine en parts fines pour limiter la fiscalité à chaque étape. Un couple de grands-parents peut ainsi transmettre, en plusieurs fois, une part significative de son patrimoine immobilier tout en conservant la maîtrise de son niveau de vie grâce à l’usufruit. Ces montages exigent toutefois une rédaction rigoureuse par un notaire pour éviter tout risque de requalification et pour bien organiser la répartition entre héritiers.
Réductions fiscales liées à l’emploi à domicile et aux services à la personne
Le recours à l’emploi à domicile explose avec l’avancée en âge : ménage, aide à la toilette, préparation des repas, jardinage… Ce qui est souvent vécu comme une dépense contrainte peut pourtant devenir un puissant levier pour réduire votre impôt, voire générer un remboursement si vous n’êtes pas imposable. Depuis 2025, l’extension du crédit d’impôt pour l’emploi à domicile aux foyers non imposables renforce encore l’intérêt de déclarer chaque heure de travail réalisée.
Crédit d’impôt de 50% pour aide-ménagère et auxiliaire de vie
Les services d’aide ménagère, d’auxiliaire de vie, d’aide à la toilette ou d’accompagnement dans les actes de la vie quotidienne ouvrent droit à un crédit d’impôt égal à 50 % des sommes dépensées, salaires et cotisations sociales inclus. Le plafond de dépenses est fixé à 12 000 € par an et par foyer, majoré dans certaines situations (invalidité, enfant à charge, personne âgée de plus de 65 ans au sein du foyer). En pratique, un retraité qui dépense 8 000 € par an en aide à domicile peut récupérer jusqu’à 4 000 € de crédit d’impôt, même s’il ne paie pas d’impôt sur le revenu.
Pour bénéficier de cet avantage, l’emploi doit être déclaré, soit en direct comme particulier employeur, soit via un organisme prestataire. Les heures « non déclarées » – au-delà du risque pénal – représentent donc une double perte : pour la protection sociale de l’employé, mais aussi pour votre portefeuille, puisque vous renoncez à 50 % de crédit d’impôt sur les sommes versées. À la retraite, mieux vaut donc intégrer ce paramètre fiscal dans vos arbitrages budgétaires : parfois, déclarer un peu plus et réduire son impôt revient, au final, moins cher.
CESU déclaratif et avantages fiscaux pour jardinage et petit bricolage
Le chèque emploi service universel (CESU) simplifie grandement la gestion de l’emploi à domicile. Qu’il soit préfinancé par une caisse de retraite, un comité d’entreprise ou alimenté par vos propres fonds, il permet de rémunérer légalement un salarié pour diverses tâches : petit jardinage, entretien courant de la maison, menus travaux de bricolage, assistance informatique, etc. Toutes ces prestations entrent dans l’assiette du crédit d’impôt de 50 %, dans la limite des plafonds spécifiques (par exemple 5 000 € de dépenses annuelles pour le petit jardinage).
Le CESU déclaratif présente deux avantages majeurs pour le retraité : d’une part, il automatise les formalités sociales (déclarations à l’URSSAF, calcul des cotisations) et, d’autre part, il génère chaque année une attestation fiscale récapitulative. Il vous suffit ensuite de reporter le total des sommes indiquées sur votre déclaration de revenus. Vous pensiez que faire tondre votre pelouse ou monter une étagère ne rapportait rien fiscalement ? En réalité, ces « petites » dépenses, cumulées sur l’année, peuvent générer plusieurs centaines d’euros de crédit d’impôt.
Déduction des prestations de téléassistance et portage de repas à domicile
Les prestations de téléassistance, déjà évoquées, ainsi que le portage de repas à domicile font partie intégrante des services à la personne éligibles au crédit d’impôt de 50 %. Pour les retraités en perte d’autonomie, ces services représentent souvent un coût mensuel significatif, mais aussi un facteur clé de maintien à domicile. En les déclarant correctement, vous transformez une dépense contrainte en économie fiscale concrète.
Les conditions sont similaires aux autres services à la personne : recours à un prestataire agréé ou déclaré, factures détaillées, attestation annuelle. Le portage de repas peut être partiellement pris en charge par certaines collectivités ou caisses de retraite : dans ce cas, seule la part effectivement à votre charge est retenue pour le calcul du crédit d’impôt. Là encore, la vigilance sur les justificatifs et la bonne compréhension des plafonds permet de maximiser l’avantage fiscal, sans changer votre mode de vie.
Optimisation de la fiscalité sur les revenus du patrimoine financier
À la retraite, vos revenus ne proviennent plus seulement des pensions : revenus fonciers, dividendes, intérêts, rentes d’assurance-vie ou retraits de PER complètent souvent le tableau. L’enjeu n’est plus seulement de faire fructifier votre capital, mais de piloter finement la fiscalité qui s’y applique. Un même euro de revenu financier peut être taxé très différemment selon le support choisi et l’option fiscale retenue.
Abattement de 4 600 euros sur les plus-values mobilières pour couples
Les plus-values réalisées sur un compte-titres ordinaire sont, par défaut, soumises au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 % (12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux). Toutefois, vous pouvez opter pour l’imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu, ce qui ouvre droit à certains abattements pour durée de détention sur les titres acquis avant 2018, mais aussi à un abattement annuel sur les gains d’assurance-vie après 8 ans (4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple). Beaucoup de retraités confondent ces régimes : l’abattement de 4 600 €/9 200 € concerne les produits des contrats d’assurance-vie, pas les plus-values du compte-titres classique.
En pratique, si vous anticipez une cession importante de titres, il est souvent judicieux de répartir les ventes sur plusieurs années pour lisser l’impact fiscal, ou de privilégier les rachats partiels sur vos contrats d’assurance-vie de plus de 8 ans, qui bénéficient de cet abattement. Pour un couple retraité, tirer chaque année jusqu’à 9 200 € d’intérêts ou de plus-values via l’assurance-vie sans impôt sur le revenu (hors prélèvements sociaux) constitue un excellent moyen de compléter ses pensions sans alourdir sa pression fiscale globale.
Plan d’épargne retraite (PER) et versements déductibles post-liquidation
Contrairement à une idée reçue, vous pouvez continuer à alimenter un Plan d’Épargne Retraite (PER) même après avoir liquidé vos pensions. Les versements volontaires restent, en principe, déductibles de votre revenu imposable dans la limite de vos plafonds disponibles (10 % de vos revenus professionnels de l’année précédente ou, à défaut, le plancher légal). Pour un retraité qui continue une activité à temps partiel ou exerce une activité indépendante, ce levier peut demeurer très puissant pour réduire son impôt.
La stratégie consiste alors à profiter de vos dernières années d’activité (ou de revenus imposables élevés) pour verser sur le PER, bénéficier de la déduction à un taux marginal élevé, puis programmer une sortie en capital étalée lorsque vos revenus auront diminué. Une sorte d’« ascenseur fiscal » qui permet de faire descendre votre revenu imposable au moment où il est le plus taxé, et de le faire remonter plus tard lorsque votre tranche marginale est plus faible. Bien sûr, le blocage des fonds et la fiscalité à la sortie imposent de réaliser des simulations chiffrées pour éviter les mauvaises surprises.
Assurance-vie après 70 ans et exonération de 30 500 euros par bénéficiaire
Ouvrir ou alimenter une assurance-vie après 70 ans reste tout à fait pertinent, notamment pour organiser la transmission de votre patrimoine dans un cadre fiscal avantageux. Les primes versées après 70 ans bénéficient d’un abattement global de 30 500 € sur les droits de succession, tous bénéficiaires confondus, mais seuls les versements au-delà de ce seuil sont réintégrés dans l’actif successoral. Les intérêts et plus-values générés par ces versements restent, quant à eux, totalement exonérés de droits de succession, ce qui en fait un excellent outil pour transmettre une épargne qui continue de fructifier.
Concrètement, un retraité de 75 ans qui verse 30 000 € sur une assurance-vie et laisse ce capital produire des gains pendant 10 ans transmettra, au décès, l’intégralité du capital + intérêts sans droits de succession (dans la limite de l’abattement de 30 500 € et des abattements personnels des héritiers). L’assurance-vie après 70 ans est donc un peu comme une « boîte à outils » fiscale : moins puissante que les versements avant 70 ans (abattement de 152 500 € par bénéficiaire), mais toujours très utile pour affiner votre stratégie successorale.
Prélèvement forfaitaire unique versus barème progressif pour dividendes et intérêts
Depuis l’instauration du PFU, de nombreux retraités ont pris l’habitude de laisser leurs dividendes et intérêts être taxés à 30 % par défaut. Pourtant, l’option pour le barème progressif peut se révéler plus avantageuse si votre tranche marginale d’imposition est faible (11 % ou moins) et si vous bénéficiez d’abattements spécifiques (40 % sur les dividendes) ou de la CSG partiellement déductible. La décision n’est jamais triviale : elle dépend de votre niveau global de revenus, de votre composition familiale et de la nature de vos placements.
La bonne pratique consiste à effectuer chaque année une simulation en comparant les deux options. Vous pouvez, par exemple, laisser certains produits au PFU (plus-values importantes sur un CTO) tout en optant pour le barème sur d’autres (dividendes d’actions françaises bénéficiant de l’abattement de 40 %). L’administration n’autorise toutefois qu’une option globale pour l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers : impossible de panacher au sein d’une même année fiscale. D’où l’importance d’anticiper, dès l’automne, vos arbitrages de fin d’année pour adapter au mieux votre stratégie.
Dispositifs de dons et mécénat générateurs de réductions d’impôt
Les dons aux associations, fondations et organismes d’intérêt général constituent un levier fiscal souvent sous-estimé par les retraités. Pourtant, derrière chaque chèque envoyé à une œuvre caritative se cache potentiellement une réduction d’impôt substantielle. En structurant vos dons, vous pouvez concilier soutien à des causes qui vous tiennent à cœur et optimisation de votre fiscalité.
Réduction coluche de 75% pour dons aux associations d’aide alimentaire
Les dons versés à des organismes fournissant gratuitement des repas, des soins ou un accompagnement aux personnes en difficulté (Restos du Cœur, Secours populaire, banques alimentaires, etc.) ouvrent droit à la fameuse « réduction Coluche » de 75 %. Ce taux particulièrement généreux s’applique dans la limite d’un plafond revalorisé chaque année (un peu plus de 1 000 € de dons en 2025, à vérifier sur le site des impôts). Au-delà de ce montant, vos dons restent éligibles à la réduction de 66 % au titre des organismes d’intérêt général.
Concrètement, un retraité qui verse 500 € à une association d’aide alimentaire ne supportera, après avantage fiscal, qu’un « coût » réel de 125 € si son impôt est suffisant pour absorber la réduction. Et si la réduction dépasse votre impôt dû, l’excédent est reportable sur les années suivantes. Il est donc pertinent de regrouper vos dons en fin d’année, une fois votre situation fiscale connue, afin de maximiser ce levier dans la limite de vos capacités de contribution.
Déduction de 66% pour versements aux fondations reconnues d’utilité publique
Les dons aux fondations reconnues d’utilité publique, aux établissements de recherche, aux universités ou encore à certaines institutions culturelles ouvrent droit à une réduction d’impôt de 66 % du montant versé, dans la limite de 20 % de votre revenu imposable. Au-delà de ce seuil, l’excédent est reportable sur les cinq années suivantes. Pour un retraité imposé à 30 %, ce levier est souvent plus intéressant qu’il n’y paraît : un don de 1 000 € ne lui coûte, en réalité, que 340 € après avantage fiscal.
Pour vous, c’est aussi un moyen de « flécher » votre impôt vers des projets qui ont du sens : soutien à la recherche médicale, à la lutte contre la pauvreté, à la préservation du patrimoine ou à l’éducation. Là encore, les attestations fiscales délivrées par les organismes bénéficiaires doivent être conservées. Une bonne habitude consiste à regrouper ces reçus dans un dossier dédié, voire à les numériser, afin de faciliter la déclaration annuelle et d’être prêt en cas de contrôle.
Dons manuels défiscalisés et transmission anticipée du patrimoine familial
Au-delà des dons aux associations, la fiscalité française encourage également la générosité intrafamiliale. Les dons manuels (sommes d’argent, titres, biens) consentis à vos enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants bénéficient d’abattements importants renouvelables tous les 15 ans. En utilisant pleinement ces abattements – 100 000 € par parent et par enfant, 31 865 € pour le « don Sarkozy » en espèces, etc. – vous pouvez transmettre progressivement une partie de votre patrimoine sans droits de donation, tout en réduisant l’assiette taxable de votre future succession.
Ce « morcellement » dans le temps fonctionne comme une série de marches plutôt qu’un unique grand escalier fiscal au moment du décès. Un couple de retraités peut ainsi, en deux ou trois cycles de 15 ans, transmettre plusieurs centaines de milliers d’euros à sa descendance avec une fiscalité très allégée. Là encore, une coordination avec votre notaire et, idéalement, une réflexion globale sur votre protection conjugale (donation entre époux, clause de préciput, cantonnement) permettent d’éviter les déséquilibres entre enfants et de sécuriser juridiquement ces opérations.
Crédits d’impôt pour transition énergétique et aménagements domiciliaires
Dernier volet, mais non des moindres : la fiscalité liée à la rénovation de votre logement. À la retraite, le domicile devient plus que jamais un lieu central : confort thermique, accessibilité, sécurité… Autant d’axes sur lesquels l’État vous incite à investir, via des crédits d’impôt, des primes et des taux de TVA réduits. Bien utilisés, ces dispositifs allègent le coût des travaux tout en augmentant la valeur de votre patrimoine.
Maprimerénov’ cumulée avec crédit d’impôt pour résidence principale
MaPrimeRénov’ a progressivement remplacé l’ancien Crédit d’Impôt pour la Transition Énergétique (CITE), mais de nombreux retraités en ignorent encore le fonctionnement. Cette aide, versée par l’ANAH, finance une partie des travaux de rénovation énergétique de votre résidence principale : isolation, changement de chaudière, installation d’un système de chauffage performant, ventilation, etc. Son montant dépend de vos revenus, de la nature des travaux et des gains énergétiques attendus. Les ménages modestes et très modestes – fréquemment des retraités – sont les plus aidés.
Dans certains cas, MaPrimeRénov’ peut se cumuler avec d’autres coups de pouce (certificats d’économie d’énergie, aides locales) et venir en déduction du coût restant à votre charge, lequel peut ensuite être pris en compte dans le calcul d’un crédit d’impôt ou d’une réduction de TVA. Avant de signer un devis, pensez à vérifier l’éligibilité des travaux et des artisans (RGE – Reconnu Garant de l’Environnement) et à déposer votre dossier en ligne. Vous éviterez ainsi l’écueil classique des travaux réalisés trop vite, sans avoir verrouillé le montage financier et fiscal.
TVA réduite à 5,5% sur travaux de rénovation énergétique
Les travaux d’amélioration de la performance énergétique de votre habitation principale bénéficient d’un taux de TVA réduit à 5,5 %, appliqué directement par l’entreprise sur la facture. Sont concernés, par exemple, l’isolation des murs, du toit, des planchers bas, le remplacement des fenêtres simple vitrage, ou encore l’installation d’équipements utilisant une source d’énergie renouvelable. Pour un budget de travaux de 20 000 €, la différence entre une TVA à 20 % et une TVA à 5,5 % représente déjà une économie de plusieurs milliers d’euros.
Pour en bénéficier, le logement doit être achevé depuis plus de deux ans et constituer votre résidence principale ou secondaire. L’entreprise vous fera signer une attestation confirmant cette ancienneté. Ce taux réduit s’applique aussi bien sur la main-d’œuvre que sur les matériaux, à condition qu’ils soient fournis et facturés par le professionnel. À la clé, une rénovation plus abordable, qui améliore votre confort tout en réduisant vos factures d’énergie – un enjeu majeur à la retraite, où chaque hausse de charges pèse directement sur le budget mensuel.
Aménagements pour accessibilité PMR et crédit d’impôt de 25% plafonné
Enfin, les travaux destinés à améliorer l’accessibilité de votre logement – installation d’une rampe d’accès, d’un monte-escalier, d’une douche de plain-pied, élargissement de portes, barres d’appui – ouvrent droit à un crédit d’impôt spécifique. Celui-ci représente 25 % des dépenses engagées (équipements et main-d’œuvre), dans la limite de 5 000 € pour une personne seule et 10 000 € pour un couple sur une période de cinq ans consécutifs. Les contribuables en situation de handicap ou ayant à charge une personne handicapée bénéficient de plafonds majorés.
Pour un retraité souhaitant adapter sa salle de bain avec une douche sécurisée et des barres de maintien pour un coût de 6 000 €, le crédit d’impôt peut atteindre 1 500 €. Ce dispositif se cumule avec d’autres aides (ANAH, caisses de retraite, collectivités locales) et s’inscrit pleinement dans une logique de maintien à domicile. Au-delà de l’avantage fiscal, il s’agit d’un investissement dans votre autonomie future : mieux vaut anticiper ces aménagements tant que vous êtes en capacité de les piloter sereinement, plutôt que d’y être contraint dans l’urgence, parfois sans pouvoir bénéficier de tous les dispositifs d’aide existants.